Berbère Tour

Actualité culturelle berbère au Maroc

Un biologiste argentin dans le désert marocain - Récit

Un biologiste argentin dans le désert marocain - Récit

Jour 0 – Vol, bus & avant-propos

Après un vol direct de Paris avec un retard de 4 heures (EasyJet + grève en France), nous sommes atterris à l'aéroport de Marrakech à 23 h.
Température agréable d'un peu plus de 30°C, nous avons dû prendre un taxi (200 dirhams = 20 euros) pour aller à la gare routière de la CTM (Compagnie de Transport Marocaine) pour ne pas rater le car qui partait peu après minuit. Un kefta mangé dans un étal en face de la gare et un tour bref aux alentours. Rien d'intéressant, ne fut-ce que des matous par tout dans une sorte de zone industrielle, respectant le code des quartiers pommés de n'importe quelle gare de grandes lignes. Partîmes à l'heure. Le bus fait deux arrêts pendant son itinéraire, à Ouarzazate et à Agdz. Le trip Zagora- Marrakech (environ 400 km) prend 9 heures.

Plan du désert

Tôt dans la matinée, une lumière parfaite m'a permis de prendre à vol d’oiseau sur le car quelques prises de la magnifique vallée de la rivière Draâ qui commence au sud d’Ouarzazate et se prolonge jusqu'à Zagora.

Amin Iman = L'eau c’est la vie : je me souviendrai pendant tout le trek de cette consigne rigoureuse utilisée par les nomades du désert presque comme un mantra. La rivière serpente les dernières montagnes de l'Atlas au sud et génère une véritable chaîne d'oasis, sans doute vitale pour nourrir les habitants de la région et ses animaux avec le blé, la luzerne et les dates, entre autres cultures qu'on voit se succéder à travers la fenêtre. Ce n’est pas une région riche en elle-même pour autant. Les bleds se composent de bâtiments précaires construits avec de la pierre et de l'argile qui donnent cette nuance rose fanée caractéristique des hameaux du désert.

Au passage, beaucoup d’entre eux sont dans un état presque délabré, ce qui révèle la rude vie rurale de ses habitants. Maints minarets (équivalents religieux des clochers des églises chrétiennes) de facture différente se profilent partout, de la même manière que des louanges et des portraits du roi Mohammed VI. Il parait que la route est en travaux depuis des années et les dommages causés par les pluies torrentielles du Mars dernier ont compliqué pas mal leur progrès, de sorte que le temps de voyage en bus se voit prolongé de plus d'une heure. Nous sommes arrivés à Zagora à 9h30 (moi, sans avoir fermé l'œil, comme d'habitude) où le tout beau chamelier du trek, Mouhamed, nous attendait avec un taxi, habillé en boubou noire, un chèche blanc et un sourire grand ouvert. Le trek fut organisé par Ahmed, le propriétaire de Maroc Berbère Tours.

Récit d'un biologiste argentin dans le désert

Jour 1 - Début du trek

Le taxi nous amena au pied du mur de montagnes au sud de Zagora, un vrai mur qui s’étend presque sans interruption jusqu'à la côte. Là, nous avons joint le guide Ahmed, tout un personnage qui avec l’aide de Mouhamed finit de mettre en selle les trois dromadaires et les chargés avec tout le nécessaire pour le trek de 5 jours. Ma première expérience avec des dromadaires: une bête imposante, à caractère calme aussitôt qu’effrayant et à forte gueule, surtout lorsqu’elle ne veut pas ce qu'on le lui impose. J'ai eu l'impression que les dromadaires vivent leur vie de bêtes de somme avec une certaine résignation et sagesse : leurs pattes attachées de sorte qu'une fois libérés de leur charge ils peuvent, presque en catimini, s’éloigner du bivouac pour atteindre quelques broussailles à mâcher puis ruminer. Sans aucun doute, le désert est leur élément.

Avec le passage inopiné d'un troupeau de chèvres, à 11 h au plein soleil (40°C) la randonnée a officiellement commencé près du col Baani, l'une des entrées du désert de pierre ou reg, avec une montée d'environ 500 mètres pour atteindre les hauts plateaux. On a fait une première halte de quelques minutes sur le col, histoire que je puisse reprendre mon souffle.

Récit d'un biologiste argentin dans le désert

Ma première expérience dans le désert aussi, et la première impression a était de me retrouver dans un endroit d’un silence profond et implacable qui résiste indemne les ravages du soleil brûlant et des conditions météorologiques extrêmes. Le plateau est lardé par des cicatrices de torrents sculptés par les saisons des pluies depuis des millénaires, la roche brunâtre se désintègre dans son chemin et la caillasse est dispersée sur la surface systématiquement. Ces dépôts de pierre, peu confortables pour la marche, conforment les premiers oueds qui traversent le plateau et creusent des vallées et ravins de différentes grandeurs. L'eau y est évidemment une visite circonstancielle, brève et puissante qui permet le développement d'un nombre limité d’espèces d'animaux et de plantes avec une forte capacité d’adaptation.

Le soleil juste au-dessus de nos têtes, les brises timides d’un vent frais bienvenu, un couple d'aigles presque flottant à la distance, un lézard du désert au soleil sur un rocher. Comme dirait Théodore Monod, notre petite caravane est comme un bateau navigant l'océan de pierre à un rythme tenu. Le plateau descend lentement dans une grande vallée aride où les cimes des premiers acacias commencent à apparaître comme des copeaux gentiment parsemés sur le plateau, ces arbres comme des ports prometteurs qui permettent de s’abriter pendant un certain temps du soleil brûlant, et à nous d’y proposer une première halte officielle (J1a) pour déjeuner et se taper une belle sieste.

Récit d'un biologiste argentin dans le désert

On desselle les dromadaires, le camp s’établit et nos guides nous étendent une couverture par terre et deux matelas pour nous reposer. Que dire de l’hospitalité à tout moment de nos hôtes nomades sinon des louanges ? Pendant que l'eau est chauffée dans la casserole et on épluche et on coupe les légumes, du thé berbère nous est servi dans un plateau avec des arachides et des raisins secs. Ce whisky berbère est un mélange de thé de base et des herbes de montagne, sucré, hydratant et tonifiant qui nous accompagnera tout le long du trek, le matin au petit déjeuner, comme apéro et avant de nous coucher. Aussitôt arrive le déjeuner : un tajine de viande succulent et parfumé accompagné d'une délicieuse salade de légumes. Du pain et un bon premier contact plus informel avec nos deux guides d’une simplicité et gentillesse enviables. Oranges pour le dessert et une bonne sieste à l'ombre de l'acacia. Un moula-moula – typique oiseau noire y blanc de la région – festoie sur les restes de notre déjeuner. Et le désert est là, nous entourant, nous contenant, en battant le rythme imparable d’un temps qui n’est pas le nôtre mais celui du soleil et les millénaires.

Vers 17 heures le bivouac fut démonté pour nous déplacer vers l'ouest, puis au sud pour atteindre le point où nous allions dormir. Nous avons parcouru l'oued bordé par des grandes montagnes érodées à notre gauche sous un soleil encore tapant à notre droite. Nous avons fait une brève escale en arrivant à une oasis avec un puits où les dromadaires ont pu boire à satiété, et à notre tour d'en profiter pour mouiller nos vêtements et nous rafraîchir quelques minutes à l'ombre des palmiers. Ensuite nous avons quitté la vallée et arpenté un nouveau plateau, aussi sec que le précédent, mais avec moins de caillasse. Lors de ce trajet, on découvrit l'art de chanteurs de nos guides, Mouhamed et Ahmed, qui commencèrent à psalmodier des tindes hypnotiques du désert, sorte de dialogues musicaux dans lesquels le premier commence une phrase que le deuxième enrichit en réponse, et ainsi de suite. Ces presque mantras marquent le passage entre les pierres et effacent de l'esprit tous les soucis, ou du moins l’essayent.

Après environ trois heures de marche nous avons atteint une nouvelle oasis cachée entre les montagnes. Un endroit magnifique, où des grenouilles fugaces coassèrent leur impudence dans les bassins que le ruisseau forme au pied d'une gorge. Là, nous avons établi le premier camp de nuit (J1b) et je pris d'abord une douchette dans l’étang, hautement réparatrice. Après l'apéritif nomade, nous avons mangé un délicieux tajine de légumes et de riz. A environ 9h, l’obscurité est tombé avec un ciel étoilé superbe. La température était encore élevée par l'absence de vent ; tout de même nos guides ont décidé de faire un feu de camp, ce symbole indiscutable autour de bivouacs dignes de ce nom.

Il est étonnant à quel point le feu me attire au même temps qu’il me calme. Je suppose que presque toute l'humanité doit avoir le même sentiment, ce qui pourrait expliquer les harangues nocturnes au tour de flammes qui ont toujours signé la communion de notre espèce comme symbole de sécurité. Et comme si tout cela ne suffisait pas, quelques heures plus tard est apparu une pleine lune superbe qui baigna la vallée et les montagnes et traversa le ciel jusqu'à l'aube. Cette nuit aurait été le paradis sans la présence des moustiques qui ne m’ont pas laissé fermer l'œil car j’ai dû me calfeutrer dans mon duvet, mort de chaleur et presque étouffé (ce fut pour moi une deuxième nuit blanche).

Récit d'un biologiste argentin dans le désert

Jour 2 – Oasis & plateau

Le camp s’est réveillé à environ 6 heures du matin. Mouhamed et Ahmed nous ont servi le petit déjeuner : whisky berbère, café, pain, du fromage et de la confiture. Ils sont ensuite allés à la recherche des dromadaires. Un peu après 7 h 30 nous étions en route sur une nouvelle vallée à l'est, puis au sud. Nous sommes sillonnés une gorge avec de hautes montagnes sublimes de chaque côté. Le long silence rompu seulement par notre marche, nos respirations et le chant des guides. Ravins majestueux, sentiers lunaires, ombre et lumière révélant la complexité sauvage de l'environnement, et la brise fraîche de la montagne que s’adoucit lentement lorsque que le soleil devient le despote intraitable de l'univers.

Malgré ma deuxième nuit blanche, je me sentais en pleine forme pour marcher. C'est peut-être pour ça que j’ai pris la proue de notre navire-caravane et marqué le pas sur la seule sente que proposait cette gorge magnifique. Non pas que j'aime être un guide, je préfère être un suiveur, mais ça a été comme ça ce matin splendide... et torride. Nous avons marché sur l’oued près de trois heures. Les montagnes semblaient des gardiens le long du chemin à parcourir. Le vert a disparu pour laisser ainsi la roche à nu, le gravier chaotique et les premières traces de sable fin qui annonçaient la proximité des dunes du désert. Nous avons suivi la vallée aride jusqu'à une nouvelle oasis qui cachait unbassin plein de grenouilles et un nouvel acacia à quelques mètres où nous avons bivouaqué le midi à une température brûlante de plus de 40°C (J2a). Je n’avais pas encore pris conscience réelle, mais le fait d'avoir tout près une source d’eau fait toute la différence dans le désert: Amin Iman, l'eau c'est la vie ! Whisky berbère d’apéro, douchette dans l'étang et un nouveau repas nomade : salade de légumes et omelette des olives, petits pois et pois chiches, un régal ! Deux heures de sieste, j’ai dormi comme une marmotte.

Plan du désert

Après le repos j’ai pu échapper de l’ombre de l’acacia pour jeter un œil plus en détail sur l'entourage. Un lieu vraiment paradisiaque s’il aurait fait quelques degrés de température en moins, tout de même. La pierre sous les pieds et de là- haut, loin aux sommets, le souffle et la voix du désert. Tiens, cette montagne là-bas à la forme d’un tajine ! Les plantes, que je suppose vont disparaître en quelques semaines, un cadeau pour la vie. Et nos guides, où sont-ils? Ah, ils arrivent. Ils sont allés chercher les dromadaires à l’autre côté de la vallée : les petits malins s'étaient faits la malle pendant la sieste. Nouvelle douchette, histoire d’entamer frais la prochaine étape du trek.

En amont de l’oasis, l’oued se poursuit en serpentant la vallée où les montagnes se font de plus en plus rares. La température du soir était plus élevée que celle du jour d’avant, notamment par l'absence totale du vent. Heureusement, vers la fin de la vallée nous avons eu de l'ombre pendant un bon moment. Nous sommes arrivés au début du oued, montés un plateau bas et pénétrés le terrain d'une famille de nomades, qui a l'habitude de s'installer en ce lieu. Nous avons été conviés à nous détendre à l'ombre dela cour. Le père était allé paître le troupeau de chèvres, ainsi nous avons été accueillis par sa femme, mère de cinq enfants de 1 à 15 ans. Sans dire un mot en français, elle nous a étendu un tapis pour nous asseoir à l’ombre en face de la tente, et a préparé du thé en face de nous. Les enfants plus jeunes se sont approchés très timides au début, plus hardis un peu plus tard. La famille s’abrite dans une tente installée sur le plateau où ils ont bâti plusieurs enceintes avec de la pierre pour garder la nourriture et certains des leurs animaux. En fait, en dehors du troupeau de chèvres que nous n'avons vu, il y avait une douzaine de chevreaux, plusieurs moutons, des poules et un âne. Après trois thés nous avons continue le trek pendant une demi-heure et mis en place le bivouac sur le haut du plateau (J2b).

Le soir nous avons mangé un couscous délicieux et dormi à la lumière d'une pleine lune incroyable, toujours sans vent mais entourés d’une chaleur agréable qui annonçait certainement la journée torride qui allait suivre. Une nuit exquise, malgré quelques moustiques insistants occasionnels. Le désert c'est la liberté, dixit Mouhamed cette nuit.

Récit d'un biologiste argentin dans le désert

Jour 3 - Le four du désert de dunes

Après le petit déjeuner, nous partîmes en direction sud-ouest et déjà la température était impitoyable, presque pas de vent et, bien sûr, plus un nuage dans le ciel. Nous traversâmes un immense plateau sec et pierreux qui me fit penser à une poêle. Sans aucun ombre, le plateau semblait n’avoir fin. Ce jour la température ressentie atteignit les 48°C. Plus que suffocant, une véritable fournaise inattendue pour l’époque.

La déshydratation se fut ressentir comme un fouet et j’ai dû me contenter de l'eau chaude de ma flasque. En tout trek il y a des moments extrêmes, au bout de craquer et même de peur : ce jour-là en fut un. J’ai cru sincèrement impossible d’atteindre la destination et que mon corps n’arriverait pas à résister les assauts furieux de la chaleur. Chaque étape a été un énorme effort et la respiration était impossible de contrôler. Même la pensée est devenue un poids lourd à porter. Après plus de trois heures d’une marche exténuante nous sommes arrivés aux portes du désert des dunes où nous nous sommes abrités à l'ombre d'un tamaris et avons installé le camp (J3). Il m’a fallu plus d'une heure pour récupérer le souffle devant les yeux préoccupés de mon compagnon de trek, Jean-Charles. Car la chaleur semblait augmenter inexorablement, nous avons trouvé judicieux de modifier le parcours original du trek, compte tenu de cette canicule imprévisible: nous n’allions pas pénétrer les dunes du désert vers le sud comme prévu, mais plutôt les border vers l'est pour atteindre l'Oasis Sacrée. Amin Iman ! J'estime avoir bu tout seul 4 litres d'eau ce jour-là.

Une remarque sur le tamaris : aux portes de l’erg je me suis senti chez moi, si l'on peut dire. Dans la côte atlantique de l'Argentine, aux bords de la province de Buenos Aires, il y a ces mêmes arbres à fronde capricieuse. J'en connais bien ces entre Mar del Plata et Santa Clara del Mar, région où j'ai grandis. Tandis qu'ici les tamaris bordent une mer de dunes à perte de vue, là-bas ils flanquent une mer plutôt houleuse et non moins interminable.

Récit d'un biologiste argentin dans le désert

Le vent modéré a commencé à se manifester dans l’après-midi, chargé de toute la chaleur récoltée du Sahara : encore plus brûlant que la température réelle. Le souffle ardent ne donnait aucun répit. Impossible d’abandonner l’ombre du tamaris et moins encore d’oser marcher sur le sable à une température insensée. Nous avons déjeuné une très adéquate salade de riz avec du hareng et légumes, et comme dessert un jus de fruits… frais ! Les berbères refroidissent leurs boissons en couvrant les récipients avec un chiffon humide et en les laissant dans l'ombre où il court un peu de vent. L'évaporation consomme de la chaleur du fait que la température du récipient descende bien au-dessous de celle autour de lui. Un système parfait. Nous avons fait la sieste le reste de l’après-midi sous le tamaris. Les dromadaires se sont couchés au plein soleil et ne se déplacèrent que tard le soir.

Quand le soleil arrêta de nous sévir nous osâmes en fin sortir du tamaris pour savourer le paysage incroyable de l'erg marocain. A nos dos, une mer agitée de montagnes et ruisseaux, perdue dans un manteau semi-transparent que, selon notre guide, annonçait encore plus de chaleur. Et maintenant, nous étions ancrés au large d’une mer de dunes immense et torride. Si dans le désert de pierre nous avons vu quelques animaux, dans le désert du sable notre caravane était pratiquement le seul signe de vie, sauf une araignée et un scarabée groggy qui ont eu le courage de s’approcher du bivouac. De notre position j’ai pu admirer à quelques kilomètres la grande dune de Chigaga, la plus élevé de cette région du désert, avec ses 60 mètres d’hauteur. A mi-chemin, entre la grande dune et notre tamaris, on distinguait un vaste champ de tamaris, et de chaque côté une myriade de dunes dorées à perte de vue. Curiosité technologique du désert: une antenne à quelques kilomètres a permis à Mouhamed de passer un coup fil à Ahmed au QG de Maroc Berbère Tours, qui viendrait nous chercher le cinquième jour, et de lui signaler le changement de cap.

Nous avons dîné un tajine de légumes réconfortant à la lumière de chandelles. Nos guides les avaient placées au milieu des trous dans le sable tout autour du camp. Détail chic d'une soirée sans aucun doute merveilleuse où nous nous sommes offert un bain d’étoiles en tout repos sur le dos d’une dune peignée finalement par une brise légère exquise. Nous nous sommes endormis en nous demandant si le quatrième jour serait une meilleure journée de randonnée : Inch'Allah !

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Jour 4 – De l'Oasis Sacrée aux dunes

Je me suis réveillé avant 6 heures avec la lumière croissante de l'aube et la lune tombant sur les dunes. Un moment incroyable de paix dans lequel les éléments complotent subtilement la rigueur de la journée. Après le petit déjeuner, nous partîmes le long des dunes vers l’oasis avec soif dans la peau. Le sentier s’éloignait des dunes pour s’insérer dans un nouveau plateau du reg. Bien que le sentier fut aisé, il devenait ardu avec la chaleur. Nous nous sommes arrêtés deux fois quelques minutes à l’ombre de jeunes acacias rachitiques, où j'ai pu savourer la bénédiction des quelques baptêmes d'eau fraîche. Quel plaisir ! Près de trois heures de marche suffoquant après, nous sommes arrivés à l'Oasis Sacrée. Nous avons couru vers la source d'eau et nous nous sommes rafraîchis à l'aise sous l'ombre des palmiers. Un régal, Amin Iman, que nous partageâmes avec les dromadaires !

Nous avons planté le bivouac sous un acacia à quelques 100 mètres de l'Oasis Sacrée (J4a). L'endroit, à titre aussi mystique que prometteur, est certainement décevant. Par tout, des restes de déchets laissés par les touristes dans leur sillage. Mise à part la source d'eau, l'oasis lui-même est inaccessible en raison d'un mur tout autour qu’une tribu locale bâtit pour faire une sorte d'hôtel-camping. En outre, l'endroit était fermé et, paraît-il, presque personne ne vient pour y se loger. Juste à côté de l'oasis-hôtel il y a un marabout, tombeau d'un prophète et lieu de prière. Tout est en ruines et ce qui reste en pied est sur le point de tomber en morceaux. Fort dommage, parce que l'endroit semble prometteur, mais même encore dans le désert on peut voir des résolutions humaines de courte portée qui laissent leur marque pitoyable. D'autre part, l'endroit est un va-et-vient constant de 4x4s qui démystifie l'idée de paix et pureté du désert. Nous avons mangé une salade de riz aux légumes et sardines. A peine dormi une sieste car nous sommes été assiégés par un essaim de mouches, puis nos guides nous ont suggéré de déménager le bivouac vers un endroit pas loin et plus intéressant.

Récit d'un biologiste argentin dans le désert

Vers 17 heures, nous avons commencé à marcher vers l'est et au sud sur un nouveaux plateau pendant près de 3 heures sous un soleil brûlant. Nous avons fini la marche dans une nouvelle porte au désert de dunes. Un endroit magnifique ; nous avons planté le camp sur le flanc d'une grande dune (J4B) qui nous a donné une ombre précieuse pendant le reste de la soirée. De plus, il y avait beaucoup d'herbe à brouter pour les dromadaires, et pour nous la tranquillité et la fraîcheur nécessaires pour nous remettre en forme et entamer le dernier jour du trek. Nous avons réalisé que nous n’avions qu’un litre d'eau minérale en stock, de sorte que les guides ont dû faire bouillir une casserole d'eau de puits pour faire face à la fin de la randonnée. Amin Iman !

Le crépuscule fut tout un spectacle et Ahmed et Mouhamed nous enchantèrent avec un vrai chœur nomade a cappella. Admirable l'esprit de ces gens qui vivent dans le désert sans limites et en harmonie totale. Admirable aussi leurs voix s'accompagnant parfaitement, se questionnant et se répondant au rythme de la frappe de ses cocottes. Les dunes à nouveau là-bas, comme l’instantanée d’une mer agitée éternelle sur laquelle on navigue et on s’y ancre. Les couleurs changent à mesure que le soleil se déplace et s’approche de l'horizon, du pâle au doré, du cuivre à l'ocre profond. Je me suis senti heureux d'être là.

A nouveau entourés des bougies, nous avons dîné des spaghettis avec une sauce tomate et olives, à la limite surréalistes quand on pense au désert, accompagnés de musique nomade (Tinariwen, Noura Mint Seymali et Ali Farak Toure). En passant, très intéressant l'histoire des bandes de rock touarègues qui ont fait la révolution dans les années 80s, "la guitare électrique au dos et la kalache à la main". Les Tinariwen sont excellents. Comme dessert a circulé pas mal de whisky ce soir-là ... de l’américain. ;-) Nous avons fini la journée au clair d'une lune orange, entre devinettes et anecdotes que tout le monde a partagé et essayé de résoudre. Nous avons beaucoup ri aussi. Un bon sommeil sur la dune, compter les étoiles, admirer le silence profond qu’on aimerait nous traverse sans pitié. La meilleure nuit du trek, la plus embrassant du moins pour moi.

Récit d'un biologiste argentin dans le désert

Jour 5 – Fin du trek

Nous sommes partis tôt du camp le matin vers l'est, en traversant une zone de tamaris, pour atteindre un nouveau plateau. La chaleur était une fois de plus étouffante, presque dès le début, et l'aridité de la route ajoutée au vent infernal du Sahara n'a pas aidé beaucoup psychologiquement. Nous avons fait deux ou trois brèves haltes nous abritant à l'ombre des dromadaires, et à nouveau j’ai eu la grâce de quelques baptêmes réconfortants sur ma tête. Comment le dire autrement ? Shukraan !

En moins de trois heures, nous avons atteint notre destination. Un grand terrain creusé avec des dunes et quelques tamaris proches de deux puits d'eau. Nous nous sommes installés sous le plus grand tamaris (J5) tandis que le vent de l'erg augmentait en puissance et apportait des relents d'air chaud, des fourmis blanches hyperactives et du sable. Ce fut vraiment un enfer qui nous a forcés à rester la plupart du temps sous l'ombre de l'arbre à faire de cercles et se morfondre sur les matelas. Le Sirocco, c’est comme ça qu’on nomme se vent terrible, ne nous donna pas du souffle jusque tard dans la soirée. Le puits d'eau le plus proche contenait de l’eau salée, donc imbuvable, même pour les dromadaires, mais il a servi à nous rafraîchir dans un premier temps et à refroidir la terre au tour du tamaris. Le niveau d'eau de puits bouillie déclinait rapidement, mais dans l'après-midi les renforts devraient arriver.

Néanmoins, nous avons dîné une salade fraîche et copieuse que j’ai trouvé toute une bénédiction. Et comme dessert ... du cola arabe frais ! Bien que je ne sois pas du tout enclin aux sodas, ce là est tombé comme un cadeau du ciel. A manque d’un miroir, et pour la première fois dans le trek, j’ai sorti mon mobile du sac et fis un selfie pour voir l’état de mon visage. Disons que je n’ai pas été très heureux en voyant le résultat. Je me suis assoupi la plupart du temps restant: le sable, la chaleur et le vent ne permettaient pas plus. Néanmoins dans la soirée j'ai décidé de prendre quelques photos du vent du désert, du bivouac et des dunes.

A environ 19 h arriva Ahmed, le responsable du trek et de Maroc Berbère Tours, en 4X4 avec de l'eau glacée, cigarettes et une bouteille de bordeaux qu’on a savourée sur une dune après le coucher du soleil. Mais il fallait finir le trek bien comme il faut, et ce fut avec une belle douche à la façon berbère dans un des puits proches. La classe !

Officiellement pour moi, le trek a pris fin juste après avoir pu changer des vêtements et jeter mon chapeau dans la valise. En plus de réaliser un de mes fantasmes les plus chers, ce trek fut une victoire personnelle d’un modeste parcours de 73 km et plus de 16 heures de marche dans des conditions vraiment extrêmes par moments. D'autre part, il a également été l'occasion d'interagir avec le berbère et d’apprécier la bonne volonté et la gentillesse de Mouhamed et Ahmed.

Nous avons dîné un tajine de viande et de légumes délicieux, il y a eu du chant et d’anecdotes, de l'eau fraîche, du whisky bourbon (et berbère) et l'heure du coucher est venue. Voilà le dernier soir au désert à la belle étoile. Alors qu'il s’était calmé, le Sirocco nous a donné sa dernière claque au milieu de la nuit, comme nous disant adieu à sa façon virile et sans pitié ; ainsi semble être sa nature.

Récit d'un biologiste argentin dans le désert

Alejandro Luque

Récit sur Sway - Part 1
Récit sur Sway - Part 2
Guide du routard / Maroc Berbère Tour

Merci au Guide du Routard qui nous mentionne depuis 2013 !

Adac / Maroc Berbère Tour

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